Lauréat de nombreux Prix Sacem et du Tambour d’Or de Sainte-Marie, Raymond dit Apollon Vallade est le doyen des tanbouyés de Martinique. Il est le maitre incontesté dans l’art du tanbou danmyé.  À l’aube de ses 95 ans, qu’il fêtera le 10 mars 2018, il ne perd ni en énergie ni en volonté de faire perdurer ce savoir-faire et ce savoir-être.

 

Un chapeau de feutre toujours porté avec élégance, fier et droit, Appollon Vallade sait caresser et faire vibrer son tambour avec amour, force et fierté. Ce tambour qui l’a toujours appelé de manière viscérale et qui en a fait le digne héritier de Jean Annette, l’un des plus grands tanbouyés de Sainte-Marie.

 

Originaire du Quartier Saint-Jacques et résident de Sainte-Marie, Apollon Vallade fut très jeune orphelin. Il bénéficiera toutefois de l’amour de ses frères et sœurs qui l’élèveront dès l’âge de 6 ans, étant le dernier d’une fratrie de 18 enfants.

 

Très tôt il sera déscolarisé et se forgera comme musicien et ouvrier au Quartier Citron qui est à ce jour encore son lieu de résidence. Il partira plus tard pour Foyal pour faire vivre sa famille restée à Sainte-Marie qu’il revenait voir tous les week-ends. Toute l’histoire de sa vie s’est cependant déroulée à Citron.

 

À un kilomètre de chez lui, dans les quartiers de Bezaudin et Reculée vivaient les plus grands tanbouyés de l’époque. Il entendait d’ailleurs le tambour résonner jusque dans son quartier. Aussi, vers l’âge de 10 ans, il a commencé à s’y rendre régulièrement pour observer, regarder et écouter les Anciens jouer. Revenu chez lui, il prenait alors une boîte en fer et tapait dessus pour reproduire les sons du tambour.

Féfé Marolany, spécialiste du Bèlè, et Galfètè, maître de la Kalennda, était les tanbouyés connus et reconnus qu’observait attentivement Apollon Vallade.

Mais, c’est Jean Annette qui l’a initié dès l’âge de 13 ans. Il a bénéficié de son savoir-faire car celui-ci lui avait annoncé que ce serait à lui de le remplacer après sa mort. Ensemble, ils parcourront toute l’île pour faire résonner le tambour…

 

Amaigri et en mauvaise santé, car travaillant comme ouvrier agricole pour un géreur implacable sur une habitation de Sainte-Marie, Apollon Vallade décide de partir pour Foyal sur recommandations de son neveu après 30 ans de bons et loyaux services.

Là, il travaillera pour les services techniques de la ville comme carreleur, manœuvre ou encore charpentier. C’est ainsi qu’il retrouvera Ti Emile, au début des années 70, travaillant au Pitt Dillon, actuel centre culturel Jean-Marie Serreau. Il s’entraînera à ses côtés, participera à toutes ces swaré organisées au Pitt Dillon et sera reconnu pour ses capacités à jouer des heures durant. Grâce au foisonnement culturel favorisé par Aimé Césaire, alors maire de la ville de Fort-de-France, Ti Emile et Appollon Vallade contribueront à la diffusion de la culture Danmyé-Kalennda-Bèlè.

 

Il était et est toujours reconnu pour être le maître du danmyé car il pouvait et savait accompagner les plus grands majors de Bezaudin. Ses frappes étaient solides et chaudes et s’adaptait aux nuances du combat. Il était incontournable lors du fameux Danmyé du sanmdi Gloriya de Sainte-Marie qui réunissait les combattants les plus redoutables : Téonor, Dulténor Casérus dit Koki ou encore Persiani, pour ne citer qu’eux.

Grâce à cet art du tambour danmyé et son talent incontestable, il accompagnera Ti Raoul pendant 7 ans, et fera voyager son tambour partout que ce soit en Martinique, en Guadeloupe, à Sainte-Lucie, New-York, Paris, Avignon ou encore à Dakar ; et il jouera également avec Sully Cally.

En 1999, il sortira un album intitulé « Apollon Vallade ». Et, le 27 mars 2011, il sera élevé au rang de « Trésor Vivant » par la ville de Sainte-Marie.

 

Malgré les éloges et la reconnaissance, les swaré organisées en son honneur, comme en avril 2017 par l’association Kannigwé, ou les nombreux prix reçus, Apollon Vallade nous donne une leçon d’humilité et de simplicité. Membre d’honneur de la Coordination Lawonn Bèlè, il n’hésite pas à prodiguer des conseils et se réjouit de l’engouement qui anime la « vivans » Bèlè.

 

E, kon i sa di toulong : « Bèlè la jiska lafen di mond ».

 

Marie-Anne "Mamou" Orsinet Florimond - Janvier 2018