Détenteur de la tradition du Bèlè Baspwent, autre forme du Bèlè du Nord de la Martinique, Julien Saban transmet aujourd'hui son savoir-faire.

 

Détenteur de la tradition du Bèlè Baspwent, autre forme du Bèlè du Nord de la Martinique, Julien Saban en est considéré comme le Gran Mèt. Un savoir-faire acquis et transmis tout au long d’une vie riche et dédiée à la transmission de la tradition et des valeurs du Péyi Matinik.

Né le 23 septembre 1934 à Basse-Pointe au Quartier Morne Balai, Julien Saban est le fils de Monsieur et Madame Raymond SABAN. Issu d’une fratrie de six enfants, il sera le père de onze enfants avec son épouse Victoria DESMONIERES, considérée comme sa complice depuis toujours.

 

Très jeune, il travaillera dans les champs afin d’aider sa mère à subvenir au besoin de la famille. Et, c’est dès de l'âge de 10 ans, qu’il apprendra la danse bèlè, telle que pratiquée à Basse-Pointe, de sa tante Simonise MAREL, grande danseuse et organisatrice de swaré bèlè à Morne Balai. Il sera également entouré de sa cousine Fernande Marel et de Marcel Sinceau tous deux danseurs de Bèlè.

Mais la danse ne sera pas son seul talent car il s’essaiera au chant. En effet, il prendra son inspiration auprès de Misié Ernest, grande voix du Bèlè de l’époque qu’il observera attentivement. Plus tard, ces observations l’aideront à créer et composer ses propres chants.

 

À l’âge de 25 ans, il part s’installer au Quartier Tivoli à Fort-de-France dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Il sera alors menuisier chez Charles Desfort, artisan du bois basé en-ville.

 

En 1969, fort de son bagage traditionnel et culturel issu de Basse-Pointe, il créera le groupe folklorique Jeunesse Tivolienne soutenu par sa famille et les habitants du quartier. La troupe participera à deux festivals caribéens organisés en Guadeloupe et plusieurs autres en Martinique.

 

Au milieu des années 80, Julien Saban travaillera en tant que concierge de « La Maison Pour tous » de Carrefour Tivoli. Retiré de la vie active depuis 18 ans, il n’a de cesse de continuer à promouvoir et diffuser son savoir-faire au sein de cette communauté et aux quartiers voisins.

 

Durant tout son parcours de danseur, auteur, compositeur et interprète, Julien Saban initiera bon nombre de jeunes devenus à ce jour des artistes martiniquais reconnus tels que Marcé, pour ne citer que lui.

 

Sportif émérite et ancien athlète de l'Étoile de Basse-Pointe avec laquelle il a gagné la Course du Souvenir en participant aux épreuves de 1941 à 1965, Julien Saban fut le président d'honneur de la 77ème édition en 2016. Une passion du sport qu'il a su inculquer à deux de ses fils. 

Il a également créé l’association Carrefour de Tivoli avec quelques sections sportives notamment de handball et de pétanque. D’ailleurs, en 2014, l'association « Carrefour de Tivoli » qui tenait à saluer l'engagement d'un homme du patrimoine, lui offrira un hommage à la hauteur de sa contribution culturelle au Grand Carbet de Fort-de-France.

 

L’un de ses fils, Roger Saban, souligne qu’à travers la culture et le sport, Julien Saban enseigne les vertus basées sur le respect, la générosité et la fraternité, l’authenticité et le retour aux sources qui sont des éléments fondamentaux, selon lui, pour l’épanouissement d’une famille martiniquaise.

 

Et puis, la fin de l’année 2015 marquera enfin la sortie de l’album « Julien SABAN, Gwan Mèt Bèlè Baspwent èk MOUN TIVOLI ». Cet album est l’aboutissement d’une longue maturation et d’une volonté de laisser un témoignage fort de son univers musical allant du Bèlè à la biguine en passant par la valse créole et autres rythmes caribéens.

 

Ce témoignage n’est que l’illustration du respect qu’il confère au Bèlè et de la force de cette culture traditionnelle patrimoniale à l’instar de sa citation qui prend ici tout son sens : « Tanbou, lavwa épi dansé Bèlè sé lapriyè nèg. ».

 

*Bèle Baspwent: Bèlè de Basse-Pointe

 

Marie-Anne ORSINET FLORIMOND