Bèlè Sentmari (Sainte Marie)

les maîtres du bèlè

Les Maîtres du Bèlè de Sainte-Marie sont parmi les plus anciens détenteurs de cette tradition. Cette dénomination leur a été attribuée par Dalila Daniel.

 

On compte parmi eux : Félix Cébarec (lavwa*), Félix Casérus (tanbouyé*), Berthé Grivalliers (lavwa*), Firmin Grivalliers (tanbouyé), Marcel Jupiter (tanbouyé), Benoit (lavwa) et Paul Rastocle (tanbouyé), Pierre Chonquet (lavwa), Laurent Symbard (tanbouyé), Raymond « Apollon » Vallade (tanbouyé).

En 2007, sous l'impulsion du musicien Kali, ils sortent un album intitulé "Les Maitres du Bèlè de Sainte Marie - Tambours de la Martinique).

En 2008, Constant Velasques (tanbouyé et pédagogue) participe à un second opus de ce concept avec Benoit Rastocle au chant.

 

Ils chantent un véritable « éco-son » avec leurs grosses percussions faites de tonneaux servant à vieillir le rhum, de ti-bwa, deux baguettes de bois frappées sur l’arrière du tambour qui donnent le rythme de base où parfois interviennent d’autres mélodies comme le souffle dans la kòn lanbi (conque de lambi), ou le frottement du chacha.

 

Les voix éraillées ( Lavwa Bèf) évoquent des thèmes lancinants, des psalmodies farouches, des accents qui semblent remonter aux Aradas, Bambaras, Congolais, Sénégalais, esclaves déportés au début du XVIIe siècle en Martinique. Ces vénérables maîtres perpétuent en fait le bal de la plantation selon une musique de danse traditionnelle, où persistent des pas des quadrille, mazurka ou valse des colons européens, très ancrée dans le nord-est de la Martinique. D’ailleurs, ils viennent de la septentrionale Sainte-Marie, la plus grande ville sur la côte atlantique où ont été enregistrés, un peu rudement, ces 24 titres mélangeant le patrimoine rural et de nouvelles créations sous la direction de Charly Labinsky, accompagnés d'un livret explicatif de 32 pages.

Maintenant, à côté des musées de la banane et du rhum Saint-James, Sainte-Marie dispose de sa Maison du bèlè (ou bel-air). Le rythme le plus évidemment africain de Martinique, frère du gwoka de Guadeloupe, cousin du maloya réunionnais et du séga mauricien. A côté de Létisia, la composition mâtinée de biguine de Benoît Rastocle, interprète de sept titres sur l'album, les morceaux les plus remuants restent ceux où la voix rouillée de Berthé Grivalliers est délicatement soutenue par la frappe de Marcel Jupiter pour un chant de chronique sociale, de résistance, de divertissement qui moque le colon, le voisin ou le petit chef.

 

Source : Bouziane Daoudi | akhaba.com

 

*lavwa: chanteur Bèlè

*tanbouyé: tambourinaire Bèlè 

Constant Vélasques
Constant Vélasques

Félix Casérus

Né au quartier Bezaudin à Sainte-Marie le 7 janvier 1934, Félix Casérus est issu d’une fratrie de 3 enfants.

 

Ses parents, Dulthénor Casérus et Anita Persani étaient cultivateurs. Lorsque ses parents l’envoyaient à l’école, il faisait l’école buissonnière et se cachait derrière la boulangerie de Monsieur Cassildé. En absence de scolarité, Félix a suivi des cours pour adultes dispensés gratuitement par Monsieur Ecanvil mais l’expérience fût de courte durée suite au décès brutal de l’instituteur. C’est donc en parfait autodidacte qu’il a appris à lire, écrire et compter. A l’âge de 5 ans, on le plaçait sur le tambour pour jouer et les adultes le tenaient en équilibre. La qualité du son que le petit Félix dégageait attirait tout le quartier et les gens se déplaçaient pour savoir qui jouait ainsi. Félix n’a pas tardé à se faire remarquer par Madame Vitélius. « C’était une grande dame du bèlè, indique t-il. Elle me mettait assis sur ses genoux pour m’expliquer les techniques de la danse bèlè. Elle m’a enseigné certaines choses, les mouvements, les chorégraphies et m’a choisi parmi beaucoup d’autres pour me transmettre son savoir ». Fin danseur au style aérien, Félix est aussi un excellent musicien. Maître du bèlè Samaritain, il s’exprime avec autant de dextérité dans le grand bèlè, le bélya, la biguine, le lalin’klè… Il a suivi l’enseignement de grands maîtres tels Féfé Maroloany et les traces des aînés : son père Dulthénor Casérus, Emile Laposte, Stéphane Boniface, Génius Marie-Sainte surnommé « Galfétè »… Félix a exercé les métiers de coiffeur, charpentier, ébéniste, conducteur de camion et de taxi, mécanicien, commandeur sur une habitation à Basse-Pointe. En 1963, il rentre dans le Grand Ballet martiniquais dirigé par Loulou Boislaville et effectue de nombreuses tournées. En 1999, Félix le sage part à la retraite et le 3 avril 2010, le pitt Casérus dans lequel il organise le samedi Gloria une soirée bèlè, a été classé au Répertoire des sites, bâtiments et hauts lieux de Sainte-Marie.

 

Pierre Sotier - Correspondant local France Antilles Martinique


Félix Cébarec

Félix Cébarec est un ardent défenseur du bèlè. D’ailleurs, son attitude et son discours le prouvent continuellement.

 

Né le 22 mai 1936, Félix a été ouvrier agricole pendant de longues années dans les habitations : Ajoupa Bouillon, Nouvelle Cité, Lassalle, Bellevue, Galion… Il est devenu chanteur de bèlè dans des circonstances plutôt particulières.

 

« Félo » comme on le surnomme affectueusement avait coutume d’accompagner son oncle Stéphane Blanchard, dans les pitts où se déroulaient les combats de coqs. Mais, c’est lors d’une soirée bèlè que cet oncle qui était un grand chanteur et danseur de bèlè, le présenta au grand public. « La soirée se passait chez Carmélite, et ce soir-là, mon tonton annonça au public qu’il avait avec lui un jeune coq » se souvient-il. L’étonnement se lisait sur les visages des participants compte tenu du fait que l’on se trouvait dans une case bèlè et non dans un pitt. « Mais je savais qu’il parlait de moi et sans hésitation, je me suis lancé » avoue t-il. Félix Cébarec chanta un seul morceau face à un public conquis et il avait au tambour un certain Apollon Vallade.

Le maître du bèlè Samaritain qui réside au quartier Reculée a évolué dans plusieurs groupes comme « Les Flamboyants du Lorrain », « Wapa  Sakitanou » … Parmi les acteurs du bèlè qui ont marqué son esprit, il cite Ciméline Rangon, Ti Emile, Ti Raoul. Tous des chanteurs !

 

Pierre Sotier - Correspondant local France Antilles Martinique