Membre d’honneur de La Coordination Lawonn Bèlè, Maître du Bèlè samaritain et figure incontournable des Swaré Bèlè de Martinique, Paul RASTOCLE est l’un des illustres poto-mitan du Danmyé-Kalennda-Bèlè.

Fils de Victoire BAZABAS et d’Aristide RASTOCLE et frère inséparable de Benoît RASTOCLE, Paul est né à Sainte-Marie en 1932. Il est à ce jour le doyen des tanbouyé de Martinique.

 

Très tôt, il s’intéresse au Bèlè et plus particulièrement au tambour. Il aime à raconter que petit, alors qu’il montait au Quartier Pérou de Sainte-Marie avec son père, c’est Man Liline, la mère de Siméline Rangon, qui organisait des Swaré Bèlè.

Celles-ci étant interdites aux enfants, à cause notamment de la violence des konba danmyé, il ne pouvait s’y rendre et passait des nuits blanches à écouter le son du tambour au loin, ce tambour qu’il aimait déjà par-dessus tout et qui le fascinait.

Aussi, lorsqu’il partait à la source chercher de l’eau avec son frère Benoît, il tapait sur les « bombes» qui lui servaient de tambour.

A l’âge de 21 ans, il obtient enfin l’autorisation de se rendre dans les Swaré et son père l’accompagnera. Là, il lui était permis de jouer, quand les plus anciens le lui proposaient. C’est en les observant, en les écoutant, en écrivant les frappes dans son esprit qu’il a appris à maîtriser cet instrument.

 

Début des années 60, il assiste à un danmyé qui, par sa violence, l’éloignera pendant longtemps des Swaré Bèlè. Mais il y reviendra progressivement…

 

En 1972, Pierre CHONQUET, chanteur du Quartier Pain-de-Sucre invite Paul RASTOCLE à faire partie du groupe de Mme RENARD. Après six mois de répétition, le groupe part en tournée à la Barbade avec un répertoire composé essentiellement de danses de salon.

Paul RASTOCLE a une pensée pour son père alors décédé. Il l’exprime en ces termes dans l’ouvrage Mèt’abèlè d’Etienne Jean-Baptiste et Marc Lechevallier  : « Papa gadé kou mwen pran pou tanbou épi tanbou-a fè-mwen janbé san sav konbyen nésésité-y… ».

Paul RASTOCLE intègrera de nombreux groupe grâce à son talent de tanbouyé. Progressivement, il se rapprochera de l’essence Bèlè.

 

En 1976, lorsqu’Eugène MONA crée son groupe, Paul RASTOCLE le rejoint. Il restera 12 ans avec lui. Il fera résonner son tambour par deux fois en France puis en Guyane, en Guadeloupe et en Jamaïque. Il estime malgré tout que ce n’était pas du vrai tanbou bèlè qu’il jouait. C’était plutôt un accompagnement musical.

Eugène MONA lui permettait toutefois de s’exprimer plus librement sur des titres personnels afin qu’il libère son talent et son jeu. Et puis, un jour au Robert, Eugène MONA interpréta avec la puissance qu’on lui connait le titre « Ti Milo ». Ce fut une expérience musicale marquante pour Paul RASTOCLE. Il su tenir son tambour et accompagner avec ferveur la voix de Mona. I tjenbé. I pa pèd…

 

Paul RASTOCLE sera aussi convié à participer au groupe Bel’Allians de Siméline RANGON. Son épouse, Marie-Anne RASTOCLE décédée en 2017, formait le binôme avec Marie RASTOCLE, marié à Benoit RASTOCLE. Etienne JEAN-BAPTISTE était également au tambour et Félix CEBAREC au chant.

Après la séparation du groupe, Paul RASTOCLE crée l’association Flanm Difé avec son frère Benoît au chant, Marie-Anne et Marie Rastocle à lavwa dèyè, entre autres. Flanm Difé se produisait dans les hôtels, les écoles et à la fête patronale de Sainte-Marie. Malheureusement, Le groupe a cessé d’exister quand les jeunes danseurs et danseuses décidèrent de rejoindre un groupe de leur génération.

 

Paul RASTOCLE a participé à plusieurs albums dont « Les Maitres du Bèlè de Sainte-Marie » et « Les Frères Rastocle – Musique traditionnelle de Martinique ». Une discographie exhaustive qui laisse un témoignange pérenne de son talent et de sa singularité de jeu.

 

Paul RASTOCLE fait partie des Gran Zansyen et n’hésite pas à prodiguer ses conseils aux jeunes tanbouyé qui viennent à lui. Toutefois, la démarche doit être faite dans le souci d’apprendre avec sérieux et humilité. Cette transmission est importante à ses yeux.

 

"La tradision sé an bagay ka suiv a léternité".

 

Marie-Anne ORSINET FLORIMOND

17  février 2018