Ti Raoul ou Ti Ayoul, de son vrai nom Pierre Raoul Grivalliers, est une figure emblématique et incontournable du Bèlè samaritain. Fils d’Esther Cébarec et de Calixte Grivalliers, il est né au quartier Pérou de Sainte-Marie le 3 août 1934.

 

Il est surtout l’ainé d’une lignée de onze enfants qui va écrire la saga des Grivalliers et qui compte d’autres membres incontournables du Bèlè : Berthé, aujourd’hui décédé, Clothaire ou encore Fortuna. Il est père de trois enfants.

 

On dit que c’est sur les genoux de sa tante Clémence Boniface Cébarec, que Ti Raoul a été imprégné très tôt de la Culture Bèlè, culture qu’il défendra ardemment par la suite. Il écoute, observe et apprend. Les figures légendaires de l’époque lui enseigneront beaucoup : Esther, sa mère, Clémence et Stéphane Cébarec, Galfètè, Jean Annette…

 

 

Très jeune, Ti-Raoul doit quitter l’école pour travailler dans les « tibann ». Adulte, devenu ouvrier agricole, il fait tous les travaux liés à la culture de la canne.

Adolescent, son oncle Stéphane Cébarec lui offre l’opportunité de chanter à l’occasion des Swarés et on remarquera très vite son style particulier et surtout cette voix nasillarde empreinte de la kadans bèlè qui signera son identité vocale. Sa pertinence, sans concession, lui permet alors de créer et composer sur-le-champ des chan bèlè avec des paroles acerbes qui évoquent les problèmes sociétaux, économiques, politiques et culturels du pays.

 

Au début des années 50, sa notoriété descendant les mornes et arrivant à Fort-de-France, Ti Raoul est invité à rejoindre le ballet folklorique de Loulou Boislaville. Ils partiront en tournée en France en 1952.

En 1953, Ti Raoul repartira avec le groupe de Raphaël PROSPA et enregistrera ses premiers disques avec la Maison des Meringués dirigé par le couple Balthazard. Il restera en métropole jusqu’en 1975.

Au cours de ce long séjour, il obtiendra un CAP de peinture en bâtiment. Il exerce alors la profession de peintre et Ti Raoul, ne pouvant plus pratiquer le Bèlè, ne perd pas pour autant sa vocation de chanteur. Sa mère Esther le réclame, et après 12 ans, il revient au pays au quartier Pérou à Sainte-Marie.

 

Après son retour, il s’installe comme cultivateur et vit de la vente des légumes variés qu’il plante et récolte lui-même. Il a vécu 28 ans au quartier Chertine à Sainte-Marie en pleine campagne, cette campagne samaritaine qui sera pour lui source de plaisir et d’inspiration.

Ce retour au pays lui permet également de constater avec surprise et satisfaction le développement du phénomène de l’émergence des groupes de Bèlè alors qu’il était en France. Il crée donc son propre groupe, « Kaspasa » puis « TI Raoul et son Groupe ».

 

La vie des Swaré Bèlè reprend et c’est le succès ! Aux côtés des Gran Zansyen comme Ti Emile, Siméline Rangon, Carmélite Rastocle ou encore Félix Casérus, pour ne citer qu’eux, Ti Raoul marque les Swaré par son incontestable talent. Redoutable et exigeant, il n’hésite pas à faire des observations ou autres remarques quand un kavalié déroge aux codes, quand un bwatè ou un tanbouyé est défaillant. Et, il est également apprécié dans lawonn danmyé pour l’énergie guerrière qu’il sait donner aux combattants.

 

Ti Raoul est un véritable ambassadeur de la Culture Danmyé-Kalennda-Bèlè. Il s’est rendu en France, au Maroc, En Espagne, au Canada, aux Etats-Unis, en Guadeloupe ou encore à Cuba pour valoriser ce patrimoine immatériel.

Sa discographie regroupe entre autres en 1988 La Riviè Léza, une production Apal, suivi dix ans plus tard de Mi Bèlè a.

En 2002 il fait une intervention très appréciée sur l’album de Kali, Bèlè Boum Bap avec deux titres, Mwen an trou krab la et Mizik sé twavay nou. Il a travaillé avec Dédé Saint-Prix, fervent défenseur de la musique Chouval Bwa. On peut l’entendre également sur des enregistrements réalisés en 1962 par Alan Lomax dont certains ont donné lieu à la réalisation d’un CD « Caribbean Voyage – Martinique ».

Misyé Bèlè, un album paru chez Mizik Label, signera son retour sur le devant de la scène en 2004, pour lequel il recevra un Prix SACEM l’année suivante.

 

Vécu par beaucoup comme un homme au caractère difficile et inflexible, il n’a pas toujours été compris. Cependant, on reconnait en lui indubitablement son franc parler, son grand souci de la qualité et de la rigueur, et surtout sa voix particulière qui sert son formidable talent de chanteur et de meneur de Swaré et de rendez-vous Danmyé.

 

Depuis quelques années, il s’est retiré du devant de la scène. On ne le voyait plus guère dans les swaré bèlè. Mais, en 2016, à l’occasion de la Swaré Bèlè du Sanmdi Gloriya au Pitt Casérus à Sainte-Marie, il a fait une apparition très appréciée toute en énergie à l’image de cette personnalité entière et intransigeante qu’est Ti-Raoul.

 

Misyé Bèlè s'est éteint le 18 décembre 2017 des suites d'une longue maladie.

 

Marie-Anne "Mamou" Orsinet Florimond - Décembre 2017