LE DANMYE

Origine:
Premier art martial martiniquais, le danmyé ou ladja est né du choc de la rencontre des deux mondes.

Les esclaves venus du Sénégal et d’ailleurs, transitant par l’île de Gorée, ont créé un art de combat inspiré de la cérémonie initiatique le " N’golo ",qui symbolisait le passage du monde de l’adolescence au monde adulte et qui consistait en un affrontement sous forme de lutte.

La principale source d’inspiration serait le Laamb (lutte sénégalaise).

 

Il faut cependant noter que d'autres danses de lutte prennent leur racines en Afrique telles qu'à la Réunion (le Croche ou Moringue) ou au Brésil (la Capoeira).

On retrouve également dans le Danmyé des similitudes avec le Kamangula d'Angola et le Borey de Gambie.

 

Développement: 

Le propriétaire béké se servait de son étalon, plus généralement d’origine mandingue (tribu d’Afrique) comme coq de combat qu’il exhibait au cours de fêtes. Cependant, la perte de son meilleur élément ou l’invalidité temporaire de celui-ci firent que le Béké arrêta ce genre de manifestation. Ces combats de  "majors" continuèrent cependant au cour des fêtes patronales ou au cours de combats "arrêtés ".

 

Après la départementalisation en 1947, des décrets municipaux interdirent la pratique du Danmyé.

 

La montée en puissance des groupes folkloriques durant les années 60, avec notamment le Ballet Martiniquais, remit au goût du jour ce sport de combat au cours de joutes chorégraphiées.

 

Avec les années 70 et l’émergence des mouvements indépendantistes, le phénomène prit de l’ampleur au point de devenir de plus en plus concret 30 ans après.

 

De nos jours, des associations culturelles comme l’AM4 et la Maison du Bèlè travaillent pour réactualiser les connaissances autour de cette activité. Par ailleurs, Sully Cally, en association avec Mme Jacqueline Rosemain, a effectué de nombreuses recherches sur cet art martial.

 

Il est à noter que le danmyé ne s’est développé qu’à la Martinique parce qu’il a été un des derniers actes de marronage  permettant à l'homme antillais d'affirmer son identité en luttant contre la domination culturelle européenne .

Connu sous l'appellation de DanmyéLadjaKokoyé ou encore Wonpwen, cet art martial marie les frappes et les saisies.

 

Parallèle avec la Capoeira

Le Danmyé ou Ladja s’apparente à la Capoeira brésilienne ou au ou au "Sauvé-Bâton" haïtien.

La capoeira brésilienne, autre forme d'expression  de ce rituel initiatique , nous montre l'influence du colonisateur. Le berimbao (sorte d'arc musical) a remplacé le tambour. Cette évolution est une adaptation de la culture de l'esclave face à une interdiction. En effet, le maître voulant empêcher ses esclaves de communiquer entre eux a supprimé les tambours sur les plantations. La Capoeira est née du marronnage des esclaves en fuite .

 

L’espace et les temps de combat:

Il existe diverses occasions de pratique : les « swaré » et les « moman » bèlè.

Traditionnellement, la soirée commence par des combats de danmyé, puis le bélé prend la relève et une véritable communion se poursuit toute la nuit. Enfin, la soirée se termine au lever du jour par la "kalennda " et les danses "lalinklè".

Le temps le plus emblématique est le Danmyé du Sanmdi Gloriya.

 

Les codes:

Le danmyé a la particularité d’être le seul sport de combat qui combine préhension (saisies) et percussion (coups). 

Le tambour a un rôle de dopant naturel. Il est aidé dans sa tâche par un chanteur et des chœurs. Ils représentent le monde sonore " tanbou / ti bwa / lavwa / lavwa dèyè" .

 

Les lutteurs déterminent l’espace de combat en effectuant une ronde au rythme du tambour (phase introductive du combat: lawonn). Puis chaque lutteur trace, à son tour, un cercle invisible qui représente un espace magique. Toute personne qui pénètre dans ce cercle est un adversaire.

 

Après avoir effectué la ronde, chaque lutteur se présente au tanbouyé pour prendre sa mesure . C’est à ce moment que se joue la complicité entre le lutteur et le tanbouyé, complicité qui peut permettre de gagner plus facilement le combat.

Durant la montée au tambour , chaque lutteur essaie d’impressionner son adversaire en rivalisant de souplesse, de vitesse, de force et d’agilité .