Le DKB (Danmyé-Kalennda-Bèlè) est une pratique artistique de Martinique qui mêle musique, danse, et conte. Il est l'héritage laissé par les ancêtres qui vivaient dans les « rues cases-Nègres » aux abords des plantations martiniquaises.

 

Entre le XVIe et le XIXe siècle, des millions d’esclaves déportés dans les deux Amériques et dans la Caraïbe ont donné naissance au fil des générations à des cultures originales, à des formes d’expressions nouvelle comme le Bèlè , le Gwoka de la Guadeloupe, la Rumba ou la Santéria cubaine.

Le Bèlè tirerait son origine de l’Afrique, mais c’est dans le contexte de la Martinique qu’il a été développé par les esclaves puis prolongé et consolidé dans les campagnes par leurs descendants paysans et ouvriers.

Après la période de l’esclavage, il subit dépréciation et rejet sous la pression de l’idéologie assimilationniste qui l’associe négativement aux esclaves, à leurs descendants ruraux, à la débauche, à la pauvreté.

Cette période sera suivie d’une phase de consolidation et de développement durant la première moitié du XXe siècle. Elle sera prolongée par l’avènement et la reconnaissance de la culture bèlè facilités par le mouvement de la négritude et par celui de la créolité.

 

Origines:

Ce phénomène contemporain s’appuie essentiellement sur une référence à la culture des mornes martiniquais créée de 1860 à 1960 par les Nouveaux Libres issus de l’abolition de l’esclavage des noirs en 1848. Les Nouveaux Libres trouvent dans le paysannat un espace social susceptible de garantir la liberté effective grâce à l‘accès à la propriété foncière dans les mornes.

 

Le passage de l’esclave au statut de Nouveau Libre constitue une chance pour les noirs afin d’inverser les valeurs coloniales esclavagistes et d’opposer à la société d’habitation de nouvelles bases sociales : le travail mute de sa forme servile à sa nature volontaire et représente ainsi un élément culturel central. Cette mutation culturelle s’exprime à travers la création de sociétés paysannes qui se fondent sur l’entraide ou « coup de main ». Ce don contre don du travail se formalise et se ritualise en une diversité de Bèlè d’entraide qui alternent travaux et danses pour symboliser un mode social qui lie subsistance et réjouissance.

 

Cette référence au mode social rural des Nouveaux Libres s’exerce à travers le Bèlè renouveau dans une société martiniquaise présente où domine le secteur tertiaire dans une grande dépendance des transferts financiers publics provenant de la métropole. Dans une continuité historique, les martiniquais, sous l’impulsion des "renouveaulistes", mobilisent depuis 1980 les apports économiques, sociaux et culturels des mornes face à la réalité contemporaine où perdurent les enjeux tels que, la marge d’autonomie de la société martiniquaise intégrée à l’Europe dans un contexte de mondialisation, l’accès à la propriété foncière des martiniquais, la résistance culturelle et la recherche de la maîtrise du devenir.

 

Description:

Le Bèlè est un terme générique qui désigne à la fois : le genre musico-chorégraphique; l'instrument, le tambour bèlè; le contexte, la soirée bèlè et de manière générale, une façon d'être ensemble et des valeurs: solidarité, partage et résistance culturelle. Le bèlè signifierait "Bèl lè" (bel endroit, bon moment).

 

Le Bèlè s’élabore artistiquement à partir d’une sorte de « matrice » socio-musico-chorégraphique.

Cette "Matrice Bèlè" intègre des principes structurants: Chantè (Lavwa), Vwa Dèyè, Bwatè, Tanbou, Dansè, Lawonn, Kadans qui supportent des mécanismes de construction dont le principal est le principe d’inversion. La "Matrice Bèlè" permet ainsi de créer des configurations du Bèlè en fonction du contexte social, historique et géographique.

 

Un chanteur mène la musique avec une voix qui porte, alors que se développe le dialogue entre les danseurs et le joueur de tambour. Le tambour est accompagné par un rythme ti-bwa donné par deux baguettes qui percutent la partie arrière du tambour.

Le Bèlè est un ensemble de pas et de figures qui seraient issus de l'Afrique, de l'Europe, du quadrille et de la haute taille venue d'Europe. Ils puiseraient leurs sources dans :

- les religions, les esclaves africains,

- le "mannyè viv" des Kalinagos et des Arawaks, peuples autochtones de l'Arc Caribéen

- le christianisme et les courants philosophiques introduits par les Européens,

- l'hindouisme amené par les Indiens, le vécu quotidien du peuple martiniquais.

Au niveau de « la société Bélia » dans les hauteurs de Saint-Marie à Bezaudin, les descendants des Marrons, les nouveaux libres auraient créé une société nouvelles basée sur des valeurs telles que l'entraide, le don et contre-don.

 

Cette philosophie est traduite par l'expression artistique qu'est le Bèlè, la forme en quadrille désignerait le carré de terre qu'ils acquièrent pour une réelle liberté.

  • Les danses qui le caractérisent sont multiples, on peut distinguer: le Bèlè, danse la plus prisée lors des "swaré bèlè" et utilisée pour exprimer différents aspects de la vie avec différentes nuances (bèlè cho / kourant, bèlè dous ou bigin bèlè, bèlè pitjé) déterminés par le chant.
  • Le gran bèlè, qui serait associée à un rituel de fécondité de la terre, avec souvent des chants mélancoliques ou dramatiques.
  • Le bélia, qui tradurait l'annonce d'une nouvelle ou un rappel au rassemblement.
  • Le bouwo, simple en geste et en chorégraphie mais plus rarement exécutée du fait du temps qu'elle demande.
  • Les danses lalinklè, qui se pratiquaient principalement au clair de lune, traduisent les pratiques culturelles et religieuses des esclaves. On y retrouve la kalennda, le mabélo, le bénézwel, le ting-bang, le kannigwé, le woulé-mango. Danses traditionnelles de la Martinique, elles expriment la joie, la colère, la douleur.

 

Source: site de mutualisation Wikipédia