Chan Travay

Ces musiques se jouaient à des moments bien précis : elles accompagnaient les différents temps de la journée.

 

Pratique ancestrale du Koudmen (coup de main), Lasotè (à l’assaut de la terre) ou Lafouy Tè (fouiller la terre), associe plusieurs tambours. Ce moment de la vie quotidienne réunit dans la matinée plusieurs amis agriculteurs ou non qui viennent houes à la main prêter mains fortes. Dans le lasotè, le ti bwa est joué a plusieurs sur un bambou. Le Lasotè du nord Caraïbes subsiste encore aujourd’hui mais davantage pour montrer ce que c’était. Il ne reste que peu de porteurs de cette musique et notamment un grand tanbouyé au Carbet, monsieur Méfane, quelques crieurs également…

 

 

Aux temps anciens, les champs de cacao et de café étaient assez éloignés les uns des autres et s’étalaient sur de grandes étendues à flanc de montagne.

On chantait le "gran son" en retournant son champ. Les coups de houe étaient rythmés par les "kòn lanbi" (conques de lambi) et le bouillonnement de la terre raconté par le tambour à timbre.

Le "gran son" était chanté par deux solistes masculins ayant une large étendue de voix. On retournait la terre en allant vers le sommet de la montagne, après quoi, on la sillonnait en descendant la montagne et le "masonn", chant pour une seule voix accompagnait cette phase du travail avec toujours deux "kòn lanbi" qui marquaient le coup de houe.

Les chants, outre leur fonction de rythmer le travail, permettaient de raconter l’histoire de l’île, de la communauté, du voisinage, de relater avec ironie les différends entre colons, les déboires d’un camarade ou d’un contremaître…

 

(Source: La Maison du Bèlè)

 


Danmyé ou Ladja

Origine:
Premier art martial martiniquais, le danmyé ou ladja est né du choc de la rencontre des deux mondes.

Les esclaves venus du Sénégal et d’ailleurs, transitant par l’île de Gorée, ont créé un art de combat inspiré de la cérémonie initiatique le " N’golo ",qui symbolisait le passage du monde de l’adolescence au monde adulte et qui consistait en un affrontement sous forme de lutte.

La principale source d’inspiration serait le Laamb (lutte sénégalaise).

 

Il faut cependant noter que d'autres danses de lutte prennent leur racines en Afrique telles qu'à la Réunion (le Croche ou Moringue) ou au Brésil (la Capoeira).

On retrouve également dans le Danmyé des similitudes avec le Kamangula d'Angola et le Borey de Gambie.

 

Développement: 

Le propriétaire béké se servait de son étalon, plus généralement d’origine mandingue (tribu d’Afrique) comme coq de combat qu’il exhibait au cours de fêtes. Cependant, la perte de son meilleur élément ou l’invalidité temporaire de celui-ci firent que le Béké arrêta ce genre de manifestation. Ces combats de  "majors" continuèrent cependant au cour des fêtes patronales ou au cours de combats "arrêtés ".

 

Après la départementalisation en 1947, des décrets municipaux interdirent la pratique du Danmyé.

 

La montée en puissance des groupes folkloriques durant les années 60, avec notamment le Ballet Martiniquais, remit au goût du jour ce sport de combat au cours de joutes chorégraphiées.

 

Avec les années 70 et l’émergence des mouvements indépendantistes, le phénomène prit de l’ampleur au point de devenir de plus en plus concret 30 ans après.

 

De nos jours, des associations culturelles comme l’AM4 et la Maison du Bèlè travaillent pour réactualiser les connaissances autour de cette activité. Par ailleurs, Sully Cally, en association avec Mme Jacqueline Rosemain, a effectué de nombreuses recherches sur cet art martial.

 

Il est à noter que le danmyé ne s’est développé qu’à la Martinique parce qu’il a été un des derniers actes de marronage  permettant à l'homme antillais d'affirmer son identité en luttant contre la domination culturelle européenne .

Connu sous l'appellation de DanmyéLadjaKokoyé ou encore Wonpwen, cet art martial marie les frappes et les saisies.

 

Parallèle avec la Capoeira

Le Danmyé ou Ladja s’apparente à la Capoeira brésilienne ou au ou au "Sauvé-Bâton" haïtien.

La capoeira brésilienne, autre forme d'expression  de ce rituel initiatique , nous montre l'influence du colonisateur. Le berimbao (sorte d'arc musical) a remplacé le tambour. Cette évolution est une adaptation de la culture de l'esclave face à une interdiction. En effet, le maître voulant empêcher ses esclaves de communiquer entre eux a supprimé les tambours sur les plantations. La Capoeira est née du marronnage des esclaves en fuite .

 

L’espace et les temps de combat:

Il existe diverses occasions de pratique : les « swaré » et les « moman » bèlè.

Traditionnellement, la soirée commence par des combats de danmyé, puis le bélé prend la relève et une véritable communion se poursuit toute la nuit. Enfin, la soirée se termine au lever du jour par la "kalennda " et les danses "lalinklè".

 

Les codes:

Le danmyé a la particularité d’être le seul sport de combat qui combine préhension (saisies) et percussion (coups). 

Le tambour a un rôle de dopant naturel. Il est aidé dans sa tâche par un chanteur et des chœurs. Ils représentent le monde sonore " tanbou / ti bwa / lavwa / lavwa dèyè" .

 

Les lutteurs déterminent l’espace de combat en effectuant une ronde au rythme du tambour (phase introductive du combat: lawonn). Puis chaque lutteur trace, à son tour, un cercle invisible qui représente un espace magique. Toute personne qui pénètre dans ce cercle est un adversaire.

 

Après avoir effectué la ronde, chaque lutteur se présente au tanbouyé pour prendre sa mesure . C’est à ce moment que se joue la complicité entre le lutteur et le tanbouyé, complicité qui peut permettre de gagner plus facilement le combat.

Durant la montée au tambour , chaque lutteur essaie d’impressionner son adversaire en rivalisant de souplesse, de vitesse, de force et d’agilité . 

 

 

Précisions données sur le site de la Maison du Bèlè (www.lamaisondubele.com)

Le ladja est une danse de combat accompagnée de tambour, ti-bwa et chant. Il fut interdit par l’Eglise catholique à cause de l’utilisation du tambour (les africains utilisaient le tambour pour communiquer avec leurs divinités).

 

Plus lent que le danmyé, ce qui lui donne un caractère plus grave, il était pratiqué le samedi soir. Seuls les majo (majors en français) dansent le ladja qui s’achève parfois par la mort d’un des combattants. On appelle major un danseur qui fait autorité. Ses seules armes sont son corps, son agilité, son intelligence. Le ladja nécessite une préparation longue et rigoureuse des majors et fait appel à une maîtrise d’éléments paranormaux, surnaturels, que certains qualifient de quimbois, rite équivalent au vaudou haïtien.  


Bèlè Baspwent (Basse-Pointe)

Le Bèlè Baspwent est une danse presque commandée par le tanbou bèlè.

On retrouve les répertoires suivants:  bèlè, bigin bèlè, gran bèlè, béliya.

Le Bèlè Baspwent se danse en ligne (Danm Bèlè et Kavalyé se faisant face) avec une monté-o-tanbou qui signe la danse de chaque couple.

 


Bèlè Andalé (Anses d'Arlets)

Le Bèlè Andalé se caractérise par la volupté des gestes effectués par les dames avec leurs jupes et leurs corps: un kanman tout en douceur.

 

Il se danse en couple et non en quadrille comme c'est le cas dans le Bèlè Sentmari et à l'instar du Bèlè Baspwent.

Les danseurs qui entrent en file indienne guidés par le tanbouyé annonçant la montée au tambour: ils rentrent dans lawonn de façon horizontale avec alternativement  un danseur puis une danseuse.

Il se chante également plus lentement, avec une tonalité plus posée. 

 

Les répertoires sont: kalennda, bèlè, gran bèlè.

 


Bèlè Sentmari

Il existe deux rythmes bèlè que l'on retouve principalement dans le Bèlè Sentmari :

  •  deux temps binaire: "tak pitak pitak tak",que l'on retrouve dans le Bèlè cho, le Bèlè pitjé et le bigin Bèlè 
  • trois temps binaire: " tak pitak pitak tak tak tak" qui se joue dans le Bouwo, le Béliya (créé en 1848 et considéré comme un chant d’encouragement ou de transmission d'une nouvelle) et le Gran Bèlè (danse d'excellence réputée difficile qui confirme le talent du danseur et du tanbouyé).

Ces chants intervenaient à des moments de divertissements essentiellement.

 


Lalinklè

Les différents répertoires sont:

  • Bénézuel
  • Kanigwé: danse fortement inspirée de la haute-taille et du quadrille adaptée par les classes paysannes et ouvrières. 
  • Karésé yo
  • Ting Bang: danse qui serait issue du Congo exécutée en cercle
  • Mabèlo
  • Woulé mango

 

 

La Kalennda

La Kalennda serait considérée comme une danse de fertilité et de prospérité.

 

Au départ, selon les écrits du Père Labat en 1722 et après observations des rassemblements le soir après le travail des esclaves, il la décrit  comme une danse érotique dansée en 2 lignes, les hommes et les femmes se faisant face et se frappant (cela rappelle le Mabélo samaritain actuel). Elle serait issue de la Côte de Guinée et plus précisément du Royaume d'Arda.

 

Selon Lafcadio Hearn, la Calenda ne se danse que par les hommes torses nus qui font tourbillonner de lourds bâtons en mimiques de combat que l'on pourrait lié au Ladja Baton.

 

Jacqueline Rosemain, dans son ouvrage "La musique dans la société antillaise" soutient la thèse que les Kalennda étaient les danses religieuses des esclaves africains liés au trois grands cultes de la fécondité: celui de la fécondité de la mort, celui de la fécondité de la terre et celui de la fécondité de l'Homme.

Il y avait DES Kalennda: de grands moments de rassemblements religieux des esclaves auxquels se joignaient les Marrons. C'était des lieux où se reconstituait la "communauté", la "société", où les esclaves construisaient leur nouvelle unité, où la résistance s'exprimait et souvent s'organisait.

 

De plus, selon Etienne Jean Baptiste dans son livre "Matrice Bèlè", la Société Béliya (pratiques des noirs marrons des pitons du Carbet), organise ses activités et la construction de l'habitat en la terminant par la "Kalinda" qui était une danse pour époux très érotique et sexuelle et permettant de stabiliser l'habitat (après le fouyé tè, le danmyé, le bèlè (dirigé par un commandeur).

 

Plus tard, la Kalennda permettait de bénir le tracé de la chambre du couple lors de la construction de la case dans les rues cases nègres. Le tracé était fait sur le sol à même la terre.

 

De nos jours, dans la chorégraphie, le wondi de la file des danseurs symboliserait le tracé de la case dans son entier, la présentation devant le tanbouyé du danseur puis le wondi-déwondi serait le salut pour qu'il accompagne le danseur lors de cette bénédiction sensée apporté fécondité et prospérité.

En théorie, toujours selon mes recherches, le danseur (tout comme dans le Béliya) devrait danser en soulignant les quatre côtés (pans de murs de la case ou fondations) et pointer les quatre coins (symboles des quatre points cardinaux) puis exécuter des mouvement libres.

 

La Kalennda, tout comme le Gran Bèlè, sont des danses d'excellence très inspirées des danses africaines. La forme Kalennda se retrouve aussi en Guadeloupe lorsque les danseurs de Léwoz exécute des pas devant le marqueur.

 

©Mamou Orsinet Florimond Juin 2012