Siméline Rangon

 

Tout le monde a appelé Siméline Rangon « Man Siméline » ou « La Simé ».

 

Siméline Rangon fut l'une des grandes chanteuses de la Martinique, et l'une des rares femmes  de la musique traditionnelle martiniquaise.

« Man Siméline » est née en 1925 dans un quartier rural près de la ville de Sainte-Marie. Elle a fréquenté l'école très peu et a travaillé comme ti-bann dans les champs de cannes et sur les plantations de bananes dès l'âge de treize ans.  Elle n'avait pour ainsi dire aucune instruction d'un point de vue institutionnel, cependant elle avait un talent incommensurable pour le chant. Elle avait un énorme répertoire de chansons traditionnelles qu'elle écrivait pour la plupart. Sa réputation en tant que Vwa Bèlè était basée sur plusieurs facteurs: sa forte voix, l'immédiateté émotionnelle, et la subtilité rythmique (la kadans Bèlè), son inventivité en tant qu'auteur avec des textes qui reflètent les événements à la fois sociaux et personnels; son immense savoir malgré son passage bref sur les bancs de l'école; et  son esprit. Dans sa jeunesse, elle a également été danseuse, bien que des problèmes de santé l'aient empêché de danser par la suite.

Avant de prendre le temps d'écouter et d 'apprécier les bèlè de Man Siméline, il faut garder à l'esprit que bien qu'illettrée, c'était une femme d'une très grande culture.

 

Etienne Jean-Baptiste, auteur de Matrice Bèlè entre autre, dit d'elle que c'est une Docteure ès Culture Créole au niveau langue et « pharmacopée-péyi » ; et, en tant que musicienne et chanteuse Bèlè elle avait une tessiture et une qualité de voix remarquable. À ce jour, les seuls pouvant être classés dans cette catégorie de Vwa Bèlè sont Ti-Emile, Ti-Raoul, Félix Cébarec ou encore Paulo Athanase. Des Vwa Bèlè fortes et de caractère.

 Le répertoire de Man Siméline est extrêmement large. Comment pouvait-elle se souvenir d'un aussi grand nombre de bèlè ? Elle pouvait chanter près de deux heures sans s'arrêter, sans reprendre les mêmes morceaux. Et, elle n'a jamais chanté la même chanson deux fois de la même façon. En attestent les rares enregistrements sur lesquels sa voix a été posée.

 

L'art de Man Siméline inclut des éléments de mémorisation et d'invention. Son art évoluait entre quelque chose d'entièrement fixe et quelque chose de totalement improvisé. Fascinant...

Aujourd'hui, Madame Siméline Rangon est une référence incontournable en tant que chanteuse et compositrice. Elle fait partie de ces rares musiciens traditionnels capables de créer des mélodies en se départant de la matrice mémorielle : à partir d'un « canevas mélodique » on pose des paroles. L'un des titres qui signe cette différence est son emblématique « Karésé Yo ».

 

Madame Siméline aura de plus traversé toutes les périodes de la vie du Bèlè : du bagay vié-nèg, en passant par son renouveau et enfin sa reconnaissance.

Elle s'est éteinte le 2 novembre 2008 à l'âge de 83 ans en nous léguant un fabuleux et merveilleux héritage: La Simé ouvè lavwa ba fanm bèlè-nou !

 

Marie-Anne ORSINET FLORIMOND

20 novembre 2016

Espélisane Sainte-Rose

Espélisane Sainte-Rose, dite "Séssé", est née aux Anses d'Arlets (commune du sud de la Martinique) en 1928.

 

Ouvrière agricole et marchande amoureuse du Bèlè, elle fonde en 1980 le groupe "Cocotier", avec Sulermon Priam (danseur, chachayè, chanteur), Lucien Lamétrie (tanbouyé) et de nombreux jeunes dont Annette Agian, Guylaine Lefaivre, Robert Mélinard, Fred et Marie-Madeleine Sorbon.

Très sollicité dans les fêtes patronales, le groupe se produit un peu partout dans l'île et enregistre deux disques en 1981 et 1984.

 

Vwa Bèlè et danseuse, Espélisane crèe une variante dite "Bèlè Lisid" qui se caractérise par la volupté des danseuses dans leurs mouvements et leurs "kanman" (jeux du jupes, postures, style...).

Le Bèlè Lisid se danse en couple avec une entrée en ligne (et non en won le Bèlè Linò) des couples guidés par le tanbouyé qui annonce la "monté-o-tanbou".

 

En 1994, elle interprètera la pièce "Parole et silences" de Jean-Claude Duverger et s'éteindra le 30 avril 1995...

 

Source: Wikipédia


Fortuna Grivalliers

Née à Sainte-Marie, Fortuna Grivalliers s’inscrit naturellement dans la lignée de la saga des Grivalliers dans laquelle on retrouve chanteurs (Berthé, Ti Raoul), tambouyé (Clothaire), danseur (Victor) et danseuses.

Fille d’Esther Cébarec et de Calixte Grivalliers, Fortuna est la chanteuse de cette famille très connue dans le monde bèlè. A douze ans, elle dansait lorsque son frère aîné Ti Raoul répétait avec ses amis tous les dimanches.

Mais à quinze ans, elle a arrêté et plus tard quand elle intégré le monde du travail, elle n’avait plus trop de temps pour le bèlè. En 1980, elle quitte le département pour rejoindre la Métropole.

 

 

Agent spécialisé dans les écoles, elle passe dix- neuf ans de sa vie à la mairie de Paris.

En France, elle tenait un commerce de restauration dans la région parisienne dans lequel elle organisait des soirées traditionnelles et des soirées konpa. Mais son commerce a été incendié. Profondément déçue elle est rentrée au pays. Pourtant, la samaritaine se plaisait bien dans l’Hexagone. Dans des soirées, elle partageait avec les Antillais de la diaspora les moments autour de la tradition ancestrale. Mais Fortuna se contentait de s’occuper uniquement de l’organisation et ne pensait à aucun moment qu’elle serait chanteuse de bèlè. Elle s’exerçait cependant à la chanson traditionnelle, jusqu’au jour où elle a eu un rêve qui a changé sa destinée.

 

Une nuit, dans son sommeil, son père lui est apparu en rêve et lui a dit : « Fortuna, tu deviendras bientôt une chanteuse ». Surprise, dès son réveil, elle narra ce songe à ses filles. Une semaine plus tard, l’une de ses sœurs l’appelle pour l’annoncer que son père est malade. Calixte Grivalliers décède quelques semaines plus tard et Fortuna rentre en Martinique pour les obsèques.

 

Comme le veut la coutume, toute la famille, dont Fortuna a voulu dire au revoir au défunt. « Lorsque j’ai embrassé mon père, je lui ai dit de me montrer par un signe quelconque que je serais effectivement une chanteuse ». Un mois après, sa fille a organisé une soirée avec un groupe de bèlè et elle a chanté un premier morceau qui n’avait rien avoir avec le bèlè puis un second que lui avait appris son frère Ti Raoul bien des années auparavant.

Elle a intégré ce groupe et depuis, elle devenue chanteuse de bèlè avec le succès que l’on connaît.

 

Pierre Sotier - Correspondant local de presse, à France-Antilles Martinique

 

 


Siméline Rangon

Siméline Rangon était une grande Vwa du Bèlè Samaritain.

Née en 1925 à Sainte-Marie, elle était de ces Dames dont l'exigence, la créativité n'avaient d'égales que son talent.

 

Elle attendait que la pratique du Bèlè soit convenable, juste et esthétique, que les techniques du chant soient maitrisées pour pérenniser au mieux cet art patrimonial.

Virtuose incontestable de la langue t des mélodies, elle était la fille de Man Duline, une des figures de souche de Sainte-Marie qui faisait partie des différents propriétaires de "Kay Bèlè".

 

On peut retrouver sa voix recueillie par Anca Bertrand sur le disque "Folklore de Campagne", sur "Chants de Bel-Air" (production AGEM), et sur le CD de Belalians.


Marie et Marie-Anne Rastocle

Certains les appellent « répondèse ». D’autres, « la voix dèyè ». Marie et Marie-Anne Rastocle sont les deux choristes qui accompagnent les Maîtres du bèlè lors des soirées bèlè.

 

La moins âgée, Marie, est l’épouse de Benoît Rastocle, chanteur dans le groupe. Elle a effectué ses débuts en 1976. « J’avais pris l’habitude de suivre Benoît lors des entrainements qu’il faisait avec des jeunes chez les Vigné à Reculée. Ma mère Agnès Kana faisait les chœurs et un jour, elle m’a sollicité pour l’accompagner et je n‘ai pas hésité… ». Depuis, Marie poursuivit l’aventure auprès de son mari.

Elle a eu ainsi l’occasion non seulement d'écumer les soirées bèlè en Martinique mais à faire des voyages à la Dominique, à Narbonne dans le sud de la France, au Brésil, en Afrique et ailleurs…

 

Marie-Anne de son côté, l‘épouse du tambouyé Paul Rastocle, n’a pas eu le loisir de découvrir ces horizons lointains. Lorsqu’elle avait douze ans et que son père organisait des soirées bèlè, elle n’avait pas encore l’âge requis pour danser, alors elle faisait les chœurs. Plus tard quand elle s’est mariée, elle avait fait le choix de s’occuper de ses enfants. Paul son époux a joué pendant douze ans avec Eugène Mona. Elle le regardait partir dans les soirées et tournées à l’étranger.

Et c’est en 1985, à la naissance de son dernier enfant qu’elle a pu rejoindre son mari dans le groupe où il évoluait pour qu’elle fasse partie des chœurs. Pour Marie et Marie- Anne Rastocle, le bèlè représente beaucoup et elles ont la fierté d’écrire à côté de leurs maris et des autres Maîtres du bèlè l’histoire, d’assurer la transmission du bèlè à la jeune génération. « Nous avons l’impression de faire partie du patrimoine, indiquent- elles en chœur. Partout où nous nous déplaçons, nous sommes accueillies avec ferveur au même titre que les Maîtres. Les gens nous félicitent et cela nous va directement au cœur, peut- être qu’un jour nous serons reconnues comme des « Maîtresses du bèlè ».

 

Pierre Sotier - Correspondant local de presse, à France-Antilles Martinique


Marie-Victoire Persani

Née au quartier Bezaudin à Sainte-Marie, Marie-Victoire Persanie est une danseuse étoile de bèlè. Fille de Victoire Casérus et d’Armand Saint-Ange Persanie, sa voie était toute tracée afin qu’elle évolue dans le domaine du bèlè.

Mère de cinq enfants, deux filles et trois garçons, ils sont tous danseurs de bèlè. Marie-Victoire a débuté dans la danse bèlè très jeune, elle n’avait que quatre ans. «Le bèlè c’est l’héritage que m’a laissé ma mère. C’est elle qui m’a appris à danser » confie t-elle.

A 14, 15 ans, Marie-Victoire dansait déjà dans les    « kay bèlè » avec Félix Casérus, Carmélite Rastocle, Dulténor Casérus, Emile Laposte…

Au chant, on retrouvait Ti Emile et Carmélite Rangon. Au tambour Féfé Marolany, Galfétè…

 

Ex danseuse des groupes Foulards jaunes, Fleur Créole de Ti Emile, Wapa et Matchoucan (son propre groupe), elle a exercé son art de la danse auprès d’illustres danseurs et danseuses comme Julien Vitélius, Evariste Persanie, Mathilde Jean-Louis…

Marie-Victoire Persanie a été élevée au rang de Trésor vivant par la Ville de Sainte-Marie et il n’est pas rare de la retrouver dans les traditionnelles soirées bèlè notamment à la Maison du bèlè ou au pitt Casérus. Mais quand va-t-elle s’arrêter ? « Mais j’arrête tous les jours, plaisante t-elle. Sauf qu’il faut que je n’entende pas le son du tambour et du ti bwa ».

 

Pierre Sotier - Correspondant local de presse, à France-Antilles Martinique