Née à Sainte-Marie, Fortuna Grivalliers s’inscrit naturellement dans la lignée de la saga des Grivalliers dans laquelle on retrouve chanteurs (Berthé, Ti Raoul), tambouyé (Clothaire), danseur (Victor) et danseuses.

 

Fille d’Esther Cébarec et de Calixte Grivalliers, Fortuna est la chanteuse de cette famille très connue dans le monde bèlè. A douze ans, elle dansait lorsque son frère aîné Ti Raoul répétait avec ses amis tous les dimanches.

Mais à quinze ans, elle a arrêté et plus tard quand elle intégré le monde du travail, elle n’avait plus trop de temps pour le bèlè. En 1980, elle quitte le département pour rejoindre la Métropole. Agent spécialisé dans les écoles, elle passe dix- neuf ans de sa vie à la mairie de Paris.

 

En France, elle tenait un commerce de restauration dans la région parisienne dans lequel elle organisait des soirées traditionnelles et des soirées konpa. Mais son commerce a été incendié. Profondément déçue elle est rentrée au pays. Pourtant, la samaritaine se plaisait bien dans l’Hexagone. Dans des soirées, elle partageait avec les Antillais de la diaspora les moments autour de la tradition ancestrale. Mais Fortuna se contentait de s’occuper uniquement de l’organisation et ne pensait à aucun moment qu’elle serait chanteuse de bèlè. Elle s’exerçait cependant à la chanson traditionnelle, jusqu’au jour où elle a eu un rêve qui a changé sa destinée.

 

Une nuit, dans son sommeil, son père lui est apparu en rêve et lui a dit : « Fortuna, tu deviendras bientôt une chanteuse ». Surprise, dès son réveil, elle narra ce songe à ses filles. Une semaine plus tard, l’une de ses sœurs l’appelle pour l’annoncer que son père est malade. Calixte Grivalliers décède quelques semaines plus tard et Fortuna rentre en Martinique pour les obsèques.

 

Comme le veut la coutume, toute la famille, dont Fortuna a voulu dire au revoir au défunt. « Lorsque j’ai embrassé mon père, je lui ai dit de me montrer par un signe quelconque que je serais effectivement une chanteuse ». Un mois après, sa fille a organisé une soirée avec un groupe de bèlè et elle a chanté un premier morceau qui n’avait rien avoir avec le bèlè puis un second que lui avait appris son frère Ti Raoul bien des années auparavant.

Elle a intégré ce groupe et depuis, elle devenue chanteuse de bèlè avec le succès que l’on connaît.

 

Pierre Sotier - Correspondant local de presse, à France-Antilles Martinique