Emmanuel Casérus dit Ti Emile

Figure emblématique du patrimoine culturel martiniquais, Emmanuel Casérus dit Ti Emile était le fervent défenseur de la tradition Danmyé-Kalennda-Bèlè. Pour preuve, on ne peut parler de la Culture Bèlè sans évoquer le grand nom de Ti-Emile.

 

Né en 1925 à Sainte-Marie, et issu d’une fratrie de huit enfants, Emmanuel Casérus sera très tôt appelé Ti-Emile pourtant aîné de cette grande famille.

C’est ce qui lui vaudra, dès l’âge de 13 ans de quitter l’école pour travailler dans les champs de canne de la région. La misère étant le quotidien de la famille, il travaillera en tant que manœuvre puis, très vite, il rejoindra ses parents dans les champs de cannes des habitations Limbé du quartier Union de Sainte-Marie.

 

À l’âge de douze ans, Ti Emile commence à s’intéresser aux danses traditionnelles dont les fers de lance de l’époque sont Genius Boniface dit Galfétè, Fernand Maholany dit Féfé, ou Stéphane Blanchard. Nous sommes à l’aube du temps de l’Amiral Robert.

Sa mère, Madame Saint-Ange, propriétaire d’une "kay bèlè" est alors une danseuse émérite et respectée. C’est là, que Ti Emile comme tant d’autres de son époque, découvrira les beaux airs du Bèlè, les fredonnant par la suite pendant son travail.

 

Mais c’est précisément en 1937 que Ti Emile est consacré "Chantè Bèlè ". Il participera à une prestation donnée par le groupe de Bezaudin à Saint-Pierre, sur la place du marché. Monsieur Octavius, organisateur de l’événement est ravi : le public est conquis et Ti Emile est littéralement ovationné après qu’il eut interprété «Abraham soulagé mwen».

 

Ti Emile reçoit des encouragements de toutes parts : Stéphane Blanchard, un des meilleurs auteurs-compositeurs de Bèlè, Génius Boniface et Fernand Maholany , maîtres du tambour, reconnaissent en lui un représentant de la tradition orale martiniquaise.

 

Ti Emile rencontre Anca Bertrand fin des années 60. Cette journaliste d’origine roumaine épouse d’Alexandre Bertrand, plasticien martiniquais originaire du Morne des Esses, est une fervente admiratrice de la Culture dite des Mornes. Elle lui permettra de sortir  deux albums. Entre eux s'établira une amitié indéfectible basée sur une admiration réciproque.

 

N’oublions pas son groupe les Foulards Jaunes composé en partie de parents et d'anciens amis de son quartier de Bezaudin, qui tiendra en haleine le public du Gros Morne lors de la fête patronale de 1967, puis Le groupe Fleur Créole créé à Fort-de-France en 1971. C’est au Gros-Morne, lors de la fête patronale, que Ti Emile rencontrera Aimé Césaire. Ce dernier lui proposera de devenir agent culturel et surveillant du pitt de Dillon. En 1970, ce pitt devient Centre culturel Jean-Marie Serreau, en hommage à ce comédien décédé. Renaud Degrandmaison lui envoie soixante-six élèves de l'école de l'AMEP pour être formés aux danses traditionnelles.

 

Reconnu par son emblématique chapeau bakoua dans une rue de Fort-de-France, il est sollicité, cette fois par Loulou Boislaville. Il enseignera à plusieurs reprises les danses traditionnelles au Groupe folklorique à Sainte-Marie même.

 

Emmanuel Casérus décédera le 10 mars 1992, emporté par une longue maladie et repose depuis dans sa ville natale de Sainte-Marie.

 

Mano Loutoby, dans une biographie en ligne qui lui est consacrée explique : « Devenu pilier de la vie culturelle de son quartier de Bezaudin, son départ causa un vide énorme que les années n'ont fait qu'approfondir. Il estime avec raison avoir beaucoup fait pour la Martinique, pour la sauvegarde d'un patrimoine fragile face à une société qu'il estime décadente. Il fut traité de Vieux Nègre, mais il est fier d'être ce Nègre des mornes qui a su survivre à la misère et aux souffrances de sa jeunesse difficile. »

 

 © Mamou Orsinet Florimond - 24 mars 2017

 

 

DISCOGRAPHIE DE TI ÉMILE

*Ti Émile et son groupe folklorique Ste Marie (accompagné par Féfé Maholany)

*Ti Émile et son groupe folklorique (accompagné par Félix Casérus)

*Ti Émile 25 ANS DE BEL AIR (accompagné par Marcel Jupiter)

*Ti Émile nouveaux cantiques de Noël

* Folklore de campagne recueilli par Anca Bertrand - Martinique

* Chant de Bel Air (Production de l'AGEM)

* Anthologie de la musique antillaise/Les rythmes/production du CMAC Vol2